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Point de vue sur : Le Turbo-Capitalisme, Edward N. Luttwak, 1999.

 

L'ouvrage déroute par sa démarche, mais on ne peut se défendre de l'intérêt qu'il suscite.

Systèmes économiques et pratiques sociales et culturelles sont décrits concernant les Etats-Unis, certes, pays de l'auteur, mais aussi le Japon, l'Italie, la France…tout cela sans références à des études sociologiques ou économiques, sans notes infra-paginales, sans bibliographie…

Cela permet à l'auteur de mettre tout le monde d'accord : " Hormis une petite poignée d'universitaires à travers le monde, personne ne songe à remettre en cause une vérité très ancienne : libéré de toute entrave - […] - le capitalisme est, sans comparaison, le système le plus productif qui ait jamais existé", affirme-t-il, page 65.

Productif ? Enumérons en vrac - le vrac, c'est un peu la structure de ce sympathique essai - productif de capitaux, de créations d'entreprise, de fermeture d'entreprises, d'échanges commerciaux, de flexibilité, d'accroissement des salaires jusqu'à 54% d'une année sur l'autre pour les dirigeants des 365 plus grandes entreprises américaines, de précarité, de stagnation ou de baisse des revenus pour 70% des américains, de gains de productivité, d'allongement du temps de travail…

Sans régulation aucune, ce système économique est, de fait, ce que E. N. Luttwak appelle le turbo-capitalisme, la métaphore du moteur à turbine traduisant l'accélération des changements structurels.

L'auteur opère d'alléchantes corrélations entre exclusion économique et criminalité, délinquance, obésité, sur fond d'influence du calvinisme…

C'est touffu, audacieux sans complexe et l'on y retrouve, par exemple, l'idée développée par Antoine Garapon dans France, les révolutions invisibles (bien sûr non cité, il s'agit simplement d'analyses convergeantes) selon laquelle le retrait de l'Etat conduit les citoyens à une demande accrue de législation et de sanctions légales lourdes, la libéralisation et la précarité cherchant des garde-fous dans les condamnations sans états d'âmes et un recours toujours plus grand à la pénalisation.

Bien souvent, l'on se demande où l'auteur veut en venir, engoncé qu'il est dans la défense du capitalisme mais déplorant l'accroissement des inégalités que provoque la version turbo.

Il en reste là… Il aura soufflé au lecteur que l'économie peut être au service des hommes et non l'inverse, il aura laissé entendre que la voix est étroite et consiste à restaurer de subtiles régulations au sein du capitalisme.

La social-démocratie à l'américaine.

Valérie Jeannot, juillet 1999

 

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