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Référendum sur le quinquennat

Quelles réflexions peuvent animer les Français dans les jours à venir au sujet du quinquennat présidentiel ?

Il n'est pas improbable que toute cette affaire présente aux yeux de certains d'étranges similitudes avec la dissolution de l'Assemblée en 97, comme le dérangeant sentiment de l'effronterie d'un Président qui - avec cette fois l'appui d'un présidentiable- sous-estime l'esprit critique d'un peuple citoyen.

En mai 97, il ne s'agissait que de fabriquer, en attendant mieux, un septennat "maison" de l'Assemblée Nationale, donnant un blanc seing au Président jusqu'à la fin de son mandat.

Il aurait pu ainsi mener avec aisance des réformes, sans craindre un revirement de majorité qui les réduise impitoyablement.

L'outrecuidance de tels projets n'a pas échappé aux héritiers de Montesquieu : étant donné la perplexité où les laissait déjà la distinction entre la droite et la gauche, ils ont peut-être, en 97, sanctionné davantage une méthode qu'une majorité...

Et voilà qu'il récidive! Que le référendum annoncé nous laisse un goût semblable de main forcée. Le chef du gouvernement et l'Assemblée se sont vus clairement signifier que dans le domaine des réformes constitutionnelles le Président userait -et abuserait- de son pouvoir : qu'on veuille l'amender et le projet serait retiré ! Le rêve de cinq années de tranquillité présidentielle reprenait ainsi vie ...

Mais tout le monde est d'accord !

Nous ne pouvons qu'être d'accord pour désigner plus souvent un président, d'ailleurs les sondages disent que nous sommes depuis longtemps favorables au quinquennat -mais s'agit-il bien du même ? - c'est démocratique et il n'y a pas à couper les cheveux en quatre, ni à lancer un débat à l'Assemblée. Il y a un oui à formuler et surtout pas de mais : l'idéal pour un référendum.

Et si l'espace démocratique n'était ni dans le "oui", ni dans le "non", mais dans le "mais" ; dans l'équilibre subtil à réaliser entre les pouvoirs, dans la prévision nécessaire des conséquences d'une réforme constitutionnelle, prévision qui ne peut avoir lieu qu'à l'occasion d'un vaste débat national ?

Certes, la baisse substantielle d'impôts qui leur est promise est peut-être l'argument le plus efficace pour convaincre les Français de dire oui : ce n'est pas le moment de se montrer ingrats.

Ils pourraient bien, pourtant, se révolter dans l'isoloir,

Ils pourraient affirmer qu'ils veulent comprendre, qu'ils veulent qu'on permette aux députés qu'ils ont choisis, d'introduire, grâce à leur pratique, toutes les mesures assurant que cette réforme constitue un progrès pour la démocratie...

En effet, le quinquennat sec c'est soit, comme en 2002, l'élection de l'Assemblée juste avant celle du Président (mâtinée troisième république) soit, comme nombreux le réclament, entériner l'élection d'un Président par le choix des députés, avec le risque d'attraction des votes vers le parti du Président élu ou de désintérêt pour les législatives. Par la très grande proximité des échéances électorales, la Constitution ne donnerait pas, ainsi, la possibilité aux Français de se prononcer sur les politiques poursuivies durant le cours des mandats.

Ainsi, le double quinquennat aboutit manifestement à

consulter les Français deux fois en dix ans au lieu de deux fois en sept ans.

On veut nous faire croire que confondre deux élections en une, c'est se prononcer plus souvent...

Nous pourrions refuser ce sophisme, qui vise, comme en 97, à libérer un Président en l'appuyant d'un gouvernement fortement légitimé par une majorité parlementaire, pour cinq années de (pleins) pouvoir(s).

Nous pourrions dire non, nous voulons un autre quinquennat, nous voulons d'autres législatives, et une assemblée exerçant un véritable rôle de contrôle et de proposition, dans un dialogue avec les citoyens.

Valérie Jeannot

 

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